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BREFS ET AUTRES

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21 janvier 2026

PARFOIS LES CHOSES BRÛLENT

PARFOIS LES CHOSES BRÛLENT

 

« La reine a vomi, alléluia, on peut recommencer à s'amuser. »
(Philippe Sollers, « Le Cavalier du Louvre, Vivant Denon (1747-1825)

 

1.
Parfois, les choses brûlent, on appelle cela un incendie. Parfois, il y a des gens dedans et on appelle cela un drame. Il arrive qu'on finisse par désigner des responsables.

 

2.
Un sot est aussi sot que dix sots mais dix fous furieux sont plus furieux qu'un seul sot aussi sot que dix sots. 

 

3.
Un verre ne se vide pas tout seul.

 

4.
On ne se mouche pas avec un caramel mou ; ça colle.

 

5.
Méfiez-vous, les choses parfois ont l’air de ce qu’elles sont. D’ailleurs, quand vous avez le dos tourné, elles vous tirent la langue.

 

6.
Ne laissez pas votre perruque s’envoler ; on ne sait pas sur quelle tête elle pourrait tomber.

 

7.
Très fier, le trottoir ne se gondole jamais aux histoires drôles qui courent les rues. Il ne se gondole que sous l’effet des puissants psychotropes, et encore, il fait semblant.

 

8.
Bien que souvent très régulière, la pratique de la mayonnaise n’est pas considérée comme une discipline olympique.

 

9.
Poux teigneux, désireux de se rendre utiles, cherchent tête pour illustrer  expression française.

 

10.
Nous ne sommes que par la mémoire et la répétition.

 

11.
L'Occident est une flèche. L'Occident n'est pas une flèche. Désignant lui-même ses cibles, bienheureux les peuples qui se fient à l'Occident, malheureux les peuples qui se fient à l'Occident.

 

12.
« Ce que savait Maisie » est un roman de Henry James. Je ne l'ai pas lu. Que j'aurais dû lire « Ce que savait Maisie » ? Peut-être sans doute probablement.

 

13.
Les OVNI viennent-ils d'un autre monde, d'un autre temps ou de l’ingénierie américaine ?

 

14.
Le disque « Camembert électrique », du groupe Gong est certainement l'un des meilleurs disques de rock progressif des années 70. En parlerez-vous à votre guéridon ?

 

15.
Sa chaîne de vélo ayant sauté, il se rendit compte qu'il s'était trompé de cheval.

 

16.
Cela fait longtemps que je n'ai pas discuté avec mon fantôme devant un verre de whisky écossais ; il me manque.

 

17.
Trump est-il un dessin animé ?

 

18.
Cette phrase attribuée à Antoine Blondin s’excusant de rentrer si tard : « Ma chérie, tu ne me croiras pas, mais je t'assure que je n'ai pas réussi à trouver un seul café fermé. »

 

19.
Constatant que les fantômes ne sont pas des lépidoptères, il replia ses ailes.

 

20.
Zen. Le vide n'est jamais aussi plein que vide. Nous disons que le bol est plein de vide et nous nous réjouissons. Ah ça, défois, on se contente de peu.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2026.

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21 janvier 2026

PLUS J'Y PENSE PLUS JE M'EN FICHE

PLUS J'Y PENSE PLUS JE M'EN FICHE

 

« Il y avait un gros tas de bois près de la maison. Est-ce que les fantômes brûlent du bois ? C'est leur affaire, je suppose. »
(Richard Brautigan, « Les bureaux de poste de l'est de l'Oregon »)

 

1.
Les rideaux n'aboient pas.

 

2.
Le café fume ; l'horloge ne tousse pas.

 

3.
On ne dit pas à la lune qu'elle est bête comme ses pieds.

 

4.
Un éléphant dans la pièce ne garantit rien. Un rhinocéros non plus. Pas plus qu'une vache dans un couloir.

 

5.
Est-ce à son saut que l'on soupçonne la puce ?

 

6.
Plus j'y pense, plus je m'en fiche.

 

7.
La fatigue non plus n'attend pas le nombre des années.

 

8.
Les ressorts sont d'autant moins visibles que la soupe est bonne.

 

9.
La peur n'évite pas le cor au pied. 

 

10.
Il ne faut rien exagérer, la Justice n'est pas plus aveugle qu'un fer à repasser.

 

11.
Les gens, il faut toujours qu'ça cause. Sinon, ils s'ennuient et se fichent les doigts dans les narines.

 

12.
La politique est une maladie publique.

 

13.
Ne vous fiez à personne, et même pas à vous-même.

 

14.
Quand je pense qu'il y a des gens qui savent résoudre des équations, je me dis qu'il y a des gens qui savent résoudre des équations.

 

15.
C'est très bien, Wittgenstein. Je n'y comprends rien.

 

16.
Il est assez rare que l'on puisse vexer une porte. Parfois, certes, elle grince, mais ça n'a aucun rapport.

 

17.
Cela ne sert à rien d'offrir des bégonias à un saxophone. Il n'en a guère l'usage.

 

18.
Je me serai beaucoup ennuyé, et je ne sais toujours pas pourquoi.

 

19.
Dieu n’existe pas et les absents ont toujours tort.

 

20.
Je ne sais pas si les fantômes existent. L'intuition de la raison me dit que non, mais elle me dit aussi que l'on ne sait jamais.  

 

Patrice Houzeau
Malo, le 21 janvier 2026.

17 janvier 2026

LES NENUPHARS NE ME REPONDANT POINT

LES NENUPHARS NE ME REPONDANT POINT

 

« Au bord du bassin rectangulaire des nénuphars, les pieds dans l'eau, Isabelle regarde les « Victoria Amazonica ».
(Jean Teulé, « Rainbow pour Rimbaud »)

 

Au centre de la terre je ne pense pas qu'il y ait des êtres vivants. Le
Bord de la terre ne trempe pas dans la soupe. On n'y met même pas de croûtons.

 

Du saxophone je ne retiens jamais le prénom. Dans ce
Bassin, il n'y a d'ailleurs pas de basson. 

 

Rectangulaire comme une andouille quadriphonique, il commanda
Des poissons, des boissons avec des glaçons cependant qu'il n'était nullement gascon puisqu'il était rectangulaire, c'est-à-dire originaire de la République de Rectangule (Capitale : Quadriphonia, langue : le quadriphonique chevelu ; plat national : l'andouille en quadriphonie).

 

Nénuphars, je ne m'adresse à vous que parce que l'heure agite ses pointes.
Les nénuphars ne me répondant point, j'en conclus que les nénuphars, ça n'a guère de conversation. Quand on a des
Pieds, il faut se souvenir qu'il ne sert à rien de leur parler.

 

Dans la vie, l'important c'est de respirer. Sinon on devient tout bleu et on meurt.

 

L'eau coule. Je crois qu'elle n'a pas le temps de s'arrêter.

 

Isabelle n'a pas mangé de banane. Isabelle n'est guère bananière. Isabelle
Regarde. Elle a mis ses yeux.

 

Les nénuphars dans la phrase de Jean Teulé ce sont des
Victoria Amazonica. Ce sont des nénuphars géants les Victoria
Amazonica ; ils ne courent pas dans les prés en mangeant des carottes.

 

Notes : 
Qu'Isabelle ait les pieds nus prouve son inconscience. Défois que les nénuphars se mettraient à trottiner pour venir lui dévorer les pieds comme les lapins dévorent les carottes.
Dans la phrase « ils ne courent pas dans les prés en mangeant des carottes », j'aurais dû mettre « gazouillent » à la place du banal « courir ». Cela aurait été plus évocateur.
Ce que j'écris, je le fais sans intelligence, et même pas artificielle.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 17 janvier 2026. 

31 décembre 2025

SE PREPARER AU PIRE

SE PREPARER AU PIRE

 

1.
Lorsque je pense à la façon dont l’extrême-gauche de Mélenchon, et de bien d'autres qui ne passent pas pour extrémistes mais qui croient très naïvement en la parole des technocrates, pense l’État comme une toute puissance garantie par l'adhésion citoyenne qui serait, par on ne sait quelle vertu, nécessairement favorable à un Etat pensé comme un souverain bien (puisqu'il serait lui-même très citoyen, puisqu'on vous le dit), je pense à ces mots de Hegel sur les conséquences politiques du « Contrat social » de Rousseau : 
« (…) comme ce ne sont que des abstractions sans Idée, elles ont engendré par leur tentative, les événements les plus terribles et les plus cruels. »
'Hegel traduit par André Kaan, « Principes de la philosophie du droit »)
Le piège... La trappe... Le cercle rouge... Vous avez élu la Raison raisonnante et maintenant vous vous dressez contre elle !... Vous osez contester l'Etat si bienveillant, pacificateur, nourricier et imposant !...Misérables ! Vipères lubriques ! Sociaux-démocrates ! Gilets Jaunes ! Chouans ! Ignorants ! Ukrainiens ! Français ! Voyez ce bâton, il vous rééduquera, c'est le bâton de la sixième république et de la bonne pensée obligatoire. 

 

2.
Quand même entendu beaucoup de niaiseries lénifiantes sur France Inter. Remarquez que sur les autres radios, ce sont surtout pubs, mauvaise musique qui fait du bruit et grandes gueules qui remplissent l'écoutille. Je suis de mauvaise foi ? Et alors ? 

 

3.
Parce qu'elle s'applique à la gestion des affaires humaines, la politique n'a-t-elle pas d'autre but que de masquer la réalité, en commençant par tenter de faire oublier aux bonnes âmes électrices que le réel est radicalement violent ? 

 

4.
Je ne sais pas si Poutine prépare la Troisième Guerre mondiale mais on dit en Occident que son économie s'est réorganisée et donne à penser que la Russie pourrait bientôt (dans les années à venir, dit-on) attaquer l'Europe de l'ouest. En conséquence, l'Europe doit se préparer à la guerre comme si elle allait éclater. Ne pas se réarmer, ne pas être prêt à montrer les dents si nécessaire reviendrait à aiguiser l'appétit de l'ogre.

 

5.
Le but de l’École est d'armer les esprits face à un réel radicalement violent et non pas d'apprendre aux adultes de demain à réagir niaisement et à ronronner à la vue du premier attrape-couillon venu. Je t'en ficherai de la bienveillance, moi.

 

6.
Dans les années, voire les mois à venir, l'Etat devra faire des arbitrages budgétaires douloureux. Dépenser plus pour une éducation nationale dont les défaillances sont maintenant connues de tous (le pédagogisme, ça n'a pas marché, et bon nombre de réformes furent d'une grande sottise) ou réarmer le pays et œuvrer à une défense européenne, qu'elle soit adossée à l'OTAN ou pas. Sans parler des investissements nécessaires dans les secteurs de la santé, de la justice, de la sécurité publique. Les choix ne seront pas seulement techniques mais politiques. Les présidentielles de 2027 seront cruciales.

 

7.
Il faut toujours se préparer au pire ; le meilleur n'arrive que rarement.

 

8.
30.12.2025. Le plan de paix proposé par le président Zelensky, et apparemment approuvé par Trump, sera refusé par Poutine qui ne semble guère avoir d'autre choix que de continuer sa sale guerre en Ukraine et même l'intensifier, une chute de Trump étant toujours possible. 
Le monde actuel est d'une dangereuse imbécillité.

 

9.
30.12.2025. Il se dit que le régime des mollahs iraniens pourrait tomber. En tout cas, la contestation populaire semble s'intensifier. Jusqu'où le régime des barbus sanglants va-t-il laisser faire ? Et jusqu'où ira la répression ? Le pire est, hélas, à craindre.

 

10.
Il semble que l'affaire Epstein est en passe de rattraper Trump à toute vitesse. La prison l'attend. Ou l’exil en Russie.

 

11.
A les entendre, ceux qui se sont rendus plusieurs fois sur l'île d'Epstein, ont pris l'avion, le fameux « Lolita express, avec Epstein et Maxwell, ont fréquenté ces deux criminels assez longtemps pour qu'on s'en souvienne, à les entendre, ces gens, ils n'ont rien fait, rien vu, rien su, rien entendu de ce que probablement bien des services de renseignement savaient. L'omerta quoi. Bande de salauds.

 

12.
30.12.2025. La radio « Doomsday »  aurait diffusé « Le Lac des Cygnes ». Si l'information est vérifiée, doit-on s'attendre à l'annonce d'un événement important en Russie, ou une décision très grave a-t-elle été prise par Poutine ?. C'est très étrange.

 

13.
31.12.2025. Les barbus sanglants du régime des mollahs savent que s'ils sont renversés, prison et condamnations à mort les attendent. Ils n'ont rien à perdre et préféreront toujours tirer sur le peuple iranien et pendre à tour de bras plutôt que de risquer leurs vieilles peaux. 

 

14.
Trump, sa boîte de Pandore, l'a ouvert lui-même... Ses « amis » sur les photos, il craint qu'il dit de les voir heurtés, bousculés, soupçonnés... L'obligé des mafieux russes craint surtout que, mis en cause, ses « amis » se mettent à parler, le jettent sous le bus...

 

15.
31.12.2025. 1 euro = 49434 rials iraniens. 1USD = 42000 rials. Bref, l'Iran est en faillite.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 31 décembre 2025.

30 décembre 2025

CONTINUATION

CONTINUATION

 

1.
Serait-il qu'en ces temps troublés que nous traversons (ou plutôt la continuation de ces temps troublés que l'on appelle communément Histoire) le seul sujet véritablement important soit la politique, ou l'économie, qui est l'autre nom de la manière de gérer l'humain ?

 

2.
Par la multiplication des lois et règlements, le politique a fini par pénétrer chacun des aspects de nos vies a un point tel que chaque décision individuelle semble inéluctablement relever de l'administration et donc de la manière dont  cette administration est organisée.

 

3.
« Le fait que dans un membre de la société tous les autres sont offensés en même temps, change la nature du crime non pas dans son concept, mais dans son aspect d’existence extérieure. »
(Hegel traduit par André Kaaan, « Principes de la philosophie du droit »)
La très grande vitesse de la circulation de l'information ainsi que sa très grande publicité ont fait passer le crime du statut de donnée statistique éloignée du quotidien au statut de scandale permanent, d'atteinte à la sécurité de tous puisque tous (ou presque) se sentent maintenant concernés par ce dont auparavant on se tenait soigneusement éloigné, comme d'un malheur qui « n'arrive qu’aux autres ».  
Et Hegel d'ajouter fort justement : « La violation touche la représentation et la conscience de la société civile et non pas seulement l'être de celui qui est atteint directement. » 

 

4.
Comme on le voit avec l’exemple des Etats-Unis de Trump, un État fédéral n'est pas nécessairement une garantie de la pérennité des libertés individuelles et d'une Justice impartiale. Avant que Trump déboule sur la scène, on s'en doutait déjà un peu, Trump confirme nos craintes.
En conséquence, les naïfs qui croient qu'une Europe fédérale, et donc supranationale, serait un moyen de garantir nos libertés et l'impartialité de la Justice devraient méditer l’exemple américain.

 

5.
Je suis bien content que les rêveries fédéralistes du président Macron se soient heurtées au mur des réalités. Une Europe fédérale signifierait, je le crains, un éloignement plus net encore que celui que nous connaissons déjà des pouvoirs exécutif et législatif, et donc une dissolution des responsabilités dans une administration tentaculaire avec laquelle le citoyen ne pourrait plus s'entretenir que par voie électronique, et cela n'est pas un progrès.  

 

6.
La démocratie peut-elle survivre à la multiplication des lois ? Si l'on considère qu'en France l'inflation des normes rend la vie des citoyens toujours plus contraignante (comme on le voit dans ce qui est advenu de l'éducation nationale où les élèves sont soumis à une pression constante, et cela pour obtenir des diplômes souvent dévalorisés), il est à penser que cet alourdissement des contraintes finit par lasser, blaser, frustrer, mécontenter le citoyen ordinaire qui, parfois, manifeste violemment dans les rues (comme on l'a vu avec l'épisode des « Gilets jaunes ») et désormais s'apprête à porter l’extrême-droite au pouvoir.

 

7.
29.12.2025. Trump et le président Zelensky se montrent, dit-on, optimistes quant au succès de la dernière version d'un plan de paix mettant fin aux hostilités entre l'Ukraine et la Russie. Habile manière de renvoyer la balle à Poutine et de lui imputer un échec possible, sinon probable, des  négociations à venir.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 29 décembre 2025.

 

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28 décembre 2025

LA PROBLEMATIQUE DU ROQUEFORT 

LA PROBLEMATIQUE DU ROQUEFORT 

 

« Or les conditions de la vie moderne imposent à la majorité des hommes la même quantité d’expériences et partant la même expérience profonde. »
(Albert Camus, « Le Mythe de Sisyphe »)

 

Or je pensais à Laure et Laure pensait au roquefort.
Les jeunes femmes prénommées Laure ne pensent pas toutes au roquefort. Les
Conditions requises sont que ces jeunes femmes s’appellent Laure, qu’elles sachent ce qu’est le roquefort et qu’elles aient un cerveau.
De cela nous pouvons déduire qu’il y a sans doute plus d’une jeune femme prénommée Laure qui, en possession d’un cerveau utilisable, pense parfois à ce qu’elle sait être du roquefort.

 

La logique oblige à ajouter que la définition de l’ensemble des jeunes femmes prénommées Laure qui, en possession d’un cerveau utilisable, pensent parfois à ce qu’elles savent être du roquefort ne nous dit pas si Laure aime ou pas le roquefort. C’est la
Vie, me direz-vous, il faut bien s’y faire, la Laure
Moderne n’aime sans doute pas plus le roquefort que la Laure des sonnets de Pétrarque et ces considérations nous
Imposent plus de circonspection dans nos approches de Laure.

 

A demain me dis-je car je me suis fort civil.
La plupart du temps, je ne me réponds pas et me contente de sourire intérieurement (pour ne pas que cela puisse se voir). La 
Majorité des bipèdes qui se disent « à demain » en souriant intérieurement me comprendra.

 

Des fois j’oublie de me saluer car, quoique fort civil, je suis distrait. Certains
Hommes et apparentés sont ainsi ; qu’un zèbre se mette à voleter dans la pièce et j’oublie que je pensais que Laure pensait peut-être au roquefort.
La vie est ainsi, me direz-vous, il faut bien s’y faire, de
Même que Laure, le zèbre volant se fiche probablement fort du roquefort et c’est probablement à une
Quantité phénoménale de choses et de gens qui pensent à tout autre chose qu’au roquefort que nous avons affaire. Il ne manque d’ailleurs pas
D’expériences à ce sujet, ou du moins il ne devrait pas en manquer, 
Et il serait proprement scandaleux que ces expériences n’aient pas été faites.
Partant de là, je mets mon chapeau et je vous salue bien. (Il sort. Il revient.)
La manière dont j’évoque la problématique du roquefort vous semble sans doute singulière. J’en conviens. Et
Même si je ne manque pas de mots pour dire de ces choses qui alimentent les conversations (surtout quand on n’a rien à dire), c’est une
Expérience assez pénible de croire que l’on peut creuser une idée que l’on pense assez
Profonde pour s’y plonger et se rappeler que l’on ne sait pas nager. (Rideau poil au dos dodo).

 

Supplément d’actualité. 28.12.2025. Paraît qu’au bas d’un de ses messages récents, où il revient sur l’affaire Epstein, @realDonaldTrump donne ce conseil à on ne sait qui : « Profitez de ce qui pourrait être votre dernier Joyeux Noël ! ». Qu’annonce-t-il, ce pitoyable POTUS ? La WW3 dès 2026 ? La condamnation pénale de certains participants au scandale Epstein ? (Clinton ? Larry Summers ? D’autres encore ?), un pouvoir accru de Trump tout puissant approuvé et soutenu par ses copains dictateurs Xi Jinping (coucou, Raffarin) et Poutine ? 

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 décembre 2025.

 

27 décembre 2025

DANS LA PENOMBRE INCERTAINE suivi de TROIS PHRASES IDIOTES

DANS LA PENOMBRE INCERTAINE suivi de TROIS PHRASES IDIOTES

 

« Dans la pénombre incertaine, il ne put distinguer que les visages hilares de quelques gamins en train de pousser son âne par-derrière. »
(Van Gulik, « Le Collier de la princesse »)

 

Dans la vie il faut savoir s’adapter, c’est ce que font toutes les fenêtres.
La vie étant une question de point de vue, comment voulez-vous que je continue cette phrase si mal commencée ? Reste la
Pénombre, parce qu’il y a de la lune. Et même avec la lune, elle est bien
Incertaine tout de même, la pénombre. C’est parce que c’est la pénombre, parce qu’avec la tarte aux abricots on n’a pas le même effet, et si jamais cette tarte aux abricots vous semble incertaine, vous n’avez qu’à pas en manger épicétou.

 

Il fait clair, sec et froid. C’est l’hiver. Il
Ne tombe pas de neige parce qu’il ne tombe plus beaucoup de neige par ici. Comme il reculait, il ne
Put que tomber dans le vide. C’est ainsi que je me suis débarrassé de ce pronom. Dans la pénombre, il est difficile de
Distinguer les choses. On dit alors que la nuit tous les chats sont gris mais si les chats se mettent à aboyer alors vous vous demandez ce que font ces chiens sur les terrasses les murs les appuis de fenêtres, à moins 
Que ce fussent des Russes envahisseurs et parachutés qui imitent 
Les chiens pour vous faire croire qu’ils ne sont pas des chats. Leurs
Visages, de toute façon, vous ne les voyez pas et ce n’est pas en agitant une bouteille de vodka que vous les ferez ronronner. Les gens quand ils sont
Hilares c’est qu’ils rient alors on voit leurs dents et on pense au bœuf bourguignon.

 

De toute façon, il importe qu’une porte soit ouverte ou fermée et
Quelques portes fermées ne font pas une forêt ouverte. Les
Gamins ils font du bruit dans la rue défois. Les gamins c’est souvent
En train de faire du bruit dans la rue défois. D’ailleurs le
Train passe et les gamins continuent de faire du bruit dans la rue défois.
De faire du bruit dans la rue défois c’est le propre des gamins. A faire du bruit dans la rue défois les gamins quelquefois un forcené leur tire dessus pourtant les gamins qui font du bruit dans la rue défois n’ont pas cherché à le
Pousser au coup de folie le fou qui leur a tiré dessus.
Son coup de folie ça faisait longtemps sans doute qu’il mijotait dans sa caboche à l’autre pétardeur. Défois moi je prends mon
Âne et je ris dans ma tête mais ça ne se voit pas parce que c’est
Par-derrière et parfois même dans une pénombre rien moins qu’incertaine.

 

1.
On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir plumé prouve ma complète incompétence en ornithologie.

 

2.
Quand on vieillit vieillit vieillit et que les pommes de terre, vous avez l’impression qu’elles n’ont plus tout à fait le même goût, est-ce à cause de la sauce ou que bientôt les carottes seront plus cuites que vous le pensez.

 

3.
On ne vend pas une princesse pour s’acheter un collier ni même un cheval. Ça ne se fait pas et c’est même interdit par la loi.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2025.

 

27 décembre 2025

ET QUI NE SE MEUT PAS suivi de DEUX PHRASES IDIOTES

ET QUI NE SE MEUT PAS suivi de DEUX PHRASES IDIOTES

 

« On peut présumer que non, puisque le ralenti donne un corps flottant entre les objets comme une algue, et qui ne se meut pas. »
(Maurice Merleau-Ponty, « L’œil et l’esprit »)

 

On se doute que la paix n’est pas facile à obtenir. On
Peut se dire que c’est l’humaine condition que le conflit. On peut
Présumer bien des choses. Peut-on présumer
Que la sardine puisse sortir de sa boîte et nous sauter à la gorge ?
Non.
Puisque nul saut de la sardine trépassée
Le surprendra ce passant immobile plongé dans son journal et qu’au
Ralenti s’examinent les évènements. Je
Donne à manger au chat. Il sort. Il rentre. Le chat est un animal sériel.
Un chat n’est jamais tout à fait semblable à un autre et pourtant ce ne sont jamais que des chats me dis-je tout en soupirant époussetant toussotant (car défois faut épousseter). De son
Corps on ne se sépare pas, rien ne prouvant qu’on puisse lui survivre.

 

Flottant, je m’aperçus que j’étais dans l’eau.
Entre le ciel et l’eau, il y a des humains sur des bateaux : ils vont pêcher la sardine et j’achète des boîtes de sardines.
Les sardines, c’est bon car moi je n’achète plus de raviolis en boîte depuis longtemps. Il y a des
Objets et je constate que nous passons entre eux parfois ils nous heurtent et ils peuvent se briser ou nous briser ou nous nous brisons tous les deux.

 

Comme je me disais ces choses et d’autres choses encore je me rendis compte que la plupart du temps c’est à moi-même que je parle.
Une lumière psychanalytique m’envahit (très verte) et je soupçonnai que lorsque nous parlons aux autres c’est aussi à nous-mêmes que nous causons même que défois je sais pas si on s’approuve toujours. La psychanalyse n’est pas une
Algue. Je dis ça parce que c’est le mot « algue » qui vient ensuite dans la citation si ce mot avait été « camembert » ou « grand-mère » ou « écuyère » ou « gruyère » vous me comprenez…

 

Et ensuite, nous continuons à vivre, nous persistons dans l’être. La condition à cela est de ne pas être tout à fait mort quoique
Qui est mort continue longtemps à être mort. Il
Ne revient pas, sauf dans les histoires de fantômes. Et s’il
Se manifeste, genre à donner des coups dans les murs ou s’il se
Meut tout vaporeux dans le couloir et un froid glacial, c’est qu’il y a un truc et s’il n’y en a
Pas, nous l’appellerons Arthur.

 

Phrase idiote 1 : « Après une nouvelle heure de chevauchée », il changea de monture car ses lunettes étaient décidément d’une vétusté indécente.

 

Phrase idiote 2 : Comme il laissa sa phrase en suspens, elle se carapata et personne jamais n’en entendit plus parler et on ne sut jamais quelle en était la suite et jamais il n’obtint de réponse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 décembre 2025.

 
 

21 décembre 2025

J’AI MIS MON CHAPEAU AVEC MA TÊTE ET MON NEZ AU MILIEU DE LA FIGURE

J’AI MIS MON CHAPEAU AVEC MA TÊTE ET MON NEZ AU MILIEU DE LA FIGURE

 

1.
« Venise au visage de masque. » Cette épigraphe que cite Aloysius Bertrand avant que nos yeux lisent « La Chanson du masque » - nos yeux aiment à lire ; ce n’est pas le cas de tous les yeux ; certains préfèrent regarder des choses qu’ils comprennent plus ou moins ; d’autres encore préfèrent s’étonner ou se voiler ou se dérober ou se perdre ou se fermer – cette épigraphe est tirée d’un texte de Lord Byron, ce qui est une chose, et une chose chassant l’autre, voyez comme nous sommes avancés.

 

2.
« Ce n’est point avec le froc et le chapelet, c’est avec le tambour de basque et l’habit de fou que j’entreprends, moi, la vie, ce pèlerinage à la mort ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Qu’avons-nous là ? Un « tambour de basque et l’habit de fou ». Notons que ce n’est point là l’habit qu’il faut mettre quand on se rend à la supérette pour acheter un paquet de pâtes, du fromage râpé et de la sauce tomate industrielle. On risque des soucis. Peut-être en période de carnaval (on voit tant de choses).
Je note cependant que l’on peut tout à fait vivre avec dans la tête un tambour de basque et l’habit de fou étant donné qu’ils ne sont alors que qu’idées bigarrées et sonores (c’est drôle mais les sons aussi sonnent dans notre tête, tout à fait muets et pourtant là, musiques fantômes qui nous viennent et reviennent tandis que nous dormons) cependant que nous sommes parfaitement neutres et anonymes dans les vêtements que nous mettons lorsque quotidiennement nous tentons de justifier nos existences sociales.
Cette citation tirée du « cinquième livre des Fantaisies de Gaspard de la Nuit », d’Aloysius Bertrand, contient le mot « pèlerinage » lequel est de la famille du mot « pèlerin », lequel, dit-on, vient du latin, « per ager », qui signifie « à travers champs ». Je n’en doute qu’autant que je m’en tamponne et je remarque que lorsque je vais en pèlerinage à Sainte Supérette (là où se multiplient les boîtes de sardines), je ne traverse aucun champ, ni pâture, ni même vague terrain cependant que je croise d’autres pèlerins (il y en a de toutes sortes, et de très douteux parfois) qui circulent dans les rues comme de mauvais anges à la recherche de leur démon (certains ont même du poil au menton).

 

3.
« Notre troupe bruyante est accourue sur la place Saint-Marc, de l’hôtellerie du signor Arlecchino qui nous avait tous conviés à un régal de macaronis à l’huile et de polenta à l’ail. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

On ne donne de confiture à une troupe bruyante que si elle aime la confiture. N’en doutons pas, elle en mettra plein ses tartines. Si elle n’aime pas ça, cette troupe bruyante offrira toute cette confiture à un marchand de crêpes (ou de gaufres), qui en fera ses choux gras.

 

4.
« Marions nos mains, toi qui, monarque éphémère, ceins la couronne de papier doré, et vous, ses grotesques sujets, qui lui formez un cortège de vos manteaux de mille pièces, de vos barbes de filasse et de vos épées de bois. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Qui ceint la couronne de papier doré, c’est qu’il a mangé de la galette. De celui qui a mangé de la galette, nous dirons qu’il était vivant, en tout cas au moment où il mangea de la galette car si cette galette était empoisonnée, alors, couronne de papier doré ou pas, le roi est mort et certes un roi mort n’a plus guère de divertissements. Il n’est même plus un homme plein de misères, c’est vous dire.
C’est pour cela qu’on entend l’herbe pousser dans ses oreilles que si on a oublié sa chèvre de campagne. Et si vous ne voyez pas le rapport, c’est qu’il n’y en a pas.

 

5.
« Marions nos mains pour chanter et danser une ronde, oubliés de l’inquisiteur, à la splendeur magique des girandoles de cette nuit rieuse comme le jour. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

En effet, il vaut mieux se faire oublier de l’inquisiteur, et surtout ne pas enquiquiner l’inquisiteur, de même que qui veut chez un quincailler cueillir des jonquilles, voire des quilles si ce quidam est un incongru, doit s’attendre à des déconvenues, et dès qu’on venut, on vit que, pas plus que la marquise, le comte n’y était pas.
J’en profite pour rappeler qu’en latin, l’inquisitor est celui qui examine, recherche, enquête pour savoir qui c’est-y ce type Œdipe dont bruisse le théâtre grec même que depuis ça n’a pas cessé de bruisser et de froncer les sourcils.

 

6.
« Chantons et dansons, nous qui sommes joyeux, tandis que ces mélancoliques descendent le canal sur le banc des gondoliers, et pleurent en voyant pleurer les étoiles. »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Défois, quand on voit pleurer les étoiles, c’est qu’on a un coup dans l’nez pis qu’on mélancolise. On n’est nullement obligé de descendre le canal sur le banc des gondoliers parce que c’est très difficile de descendre un canal, car c’est lourd un canal et que ça fuit de partout dès que vous tentez de le prendre dans vos mains. De plus, on ne voit pas pourquoi les gondoliers auraient besoin d’un canal dans leurs gondoles étant donné que les gondoles c’est fait pour gondoler sur les canaux et pas avec des canaux. 
Ainsi, on dit : « J’ai mis mon chapeau sur ma tête » et non pas « J’ai mis mon chapeau avec ma tête. » 
Vous constaterez aussi que si vous chassez l’absurde, il revient toujours par le canal dit pour cela « canal de l’absurde ». De la même façon, l’expression « chassez le chat, il revient au galop » est des plus idiotes, les chats ne galopant point. « Chassez la sardine, elle revient au galop » est tout aussi idiote, surtout si la sardine est en boîte. A la limite on peut chasser le thon qui vous revient au naturel, mais c’est vraiment si on n’a qu’ça qu’à faire.

 

7.
« Dansons et chantons, nous qui n’avons rien à perdre, et derrière le rideau où se dessine l’ennui de leurs fronts penchés, nos patriciens jouent d’un coup de cartes palais et maîtresses ! »
(Aloysius Bertrand, « La Chanson du masque »)

 

Cette fin du poème en prose « La Chanson du masque » oppose ceux qui n’ont rien et qui, au moment du carnaval, chantent et dansent, aux riches patriciens qui, dans les cercles de jeux, perdent fortunes et bonnes fortunes. J’entends dans la télé une sirène de voiture de police parce que c’est un film policier et ce n’est pas pour cela que si c’était un film de camembert, j’entendrais la sirène du camembert, laquelle ne se met en meugle que si le camembert est électrique. 
J’ajoute, et ce sera là ma conclusion que, outre que Tulsi Gabbard reprend assez systématiquement les éléments de langage poutiniens que c’est à se demander pour qui elle travaille réellement, qui pique le bic quadricolore d’un candidat au baccalauréat s’expose à un regard noir. Si ce candidat est une candidate, le regard sera tout aussi noir. Si vous éteignez la lumière, ce regard sera toujours tout aussi noir, car il n’y a rien à faire, noir c’est noir.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 décembre 2025.

 

19 décembre 2025

DE LA VENGEANCE DE LA PELOUSE ET DE L'ORIGINE DE LA FISSURE

DE LA VENGEANCE DE LA PELOUSE ET DE L'ORIGINE DE LA FISSURE

 

1.
Au début du texte de Richard Brautigan intitulé « La vengeance de la pelouse » traduit par Marie-Christine Agosto, l'auteur évoque sa grand-mère dont il dit qu'elle « faisait la contrebande d'alcool ». Comme c'était au temps de la loi Volstead, c'était il y a longtemps. La loi Volstead (« Volstead Act »), c'était la loi américaine qui, dès 1920 et jusqu'en 1933, prohiba la consommation d'alcool et produisit un nombre conséquent de gangsters et d'alcooliques.
Selon le narrateur, cette femme imposante (1 mètre 80, 90 kilos) entretenait de très bons rapports avec le shérif du comté. Ce qui n'est pas le cas des bouilleurs de cru du célèbre « Fantasia chez les ploucs », de Charles Williams.
Que la grand-mère du narrateur entretienne de bons rapports avec le shérif, lui demandant des nouvelles de sa mère toussi-toussa, cela est intéressant si l'on s'intéresse aux aïeules des narrateurs qui évoquent l'Amérique d'un siècle qui n'est plus le nôtre. Je dois dire que cela nous change tout de même des histoires de boîtes de sardines et de couples en décomposition dans une époque marquée par les montées des extrémismes, l'agressivité de Poutine et les caprices de Trump.
Pour ce qui est de l'Amérique, c'est loin quand même.

 

2.
Ensuite, le narrateur évoque une pelouse. Ce qui est logique puisque le texte s'intitule « La vengeance de la pelouse ». Je me demande si l'on peut éprouver de la nostalgie en pensant à une pelouse. Plus sans doute qu'en évoquant une boîte de sardines car, personnellement, j'ai toujours eu du mal à m'attacher à une boîte de sardines. Elles finissent, mes boîtes de sardines, vidées sans pitié de leurs occupantes et à la poubelle. Ce qui renvoie à la question de la surconsommation, mais comme c'est ainsi que l'humanité a décidé de crever, que voulez-vous qu'on y fasse.   

 

3.
Le paragraphe suivant commence par une phrase que j'aime bien : « Jack maudissait la cour comme si c'était quelque chose de vivant. » Cette remarque de Richard Brautigan me donne à penser, c'est que je pense parfois entre les moments où je ne pense pas et m'agite comme un contemporain affairé à surmonter sa vie. Peut-on détester certaines choses comme si elles étaient vivantes ? Et les vivants que nous détestons, ne sont-ils pas parfois pour nous que choses et objets périlleux ?
Quant à ce « pays où les gens mangeaient des pommes et où il pleuvait sans cesse », il me fait penser à la Normandie, laquelle me fait penser à Arsène Lupin, lequel me fait penser que je n'ai pas le temps de lire et relire les livres de Maurice Leblanc, ce qui m'est assez agaçant.

 

4.
On apprend dans les paragraphes suivants que Jack ne s'était jamais occupé de la pelouse, laquelle mourut de sa mort de pelouse et que, pourtant, cette pelouse était peut-être magique. Ce qui relance le débat sur les pelouses hantées, car il ne manque pas de vidéos sur YouTube et autres fournisseurs d'images animées qui montrent voir des formes étranges, fantomatiques, plus ou moins vaporeuses, circulant la nuit, le soir, et même parfois le jour, sur de parfaites pelouses américaines. On peut se demander si ces hantises de pelouses ne sont pas, en France tout au moins, responsables de la disparition des nains de jardin et autres lutins de plâtre.
Accessoirement, le narrateur rappelle que la Première Guerre mondiale éclata le 28 juin 1914 (c'est le jour de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand ; c'était à Sarajevo).
On apprend aussi que le grand-père du narrateur faisait 1 mètre 50 et que selon cet homme qui fut si longtemps bloqué dans le temps, le fait d'être si près « de sa pelouse l'aiderait à prédire la date exacte à laquelle éclaterait la Première Guerre mondiale ». Ce qui implique que :
a) La pelouse avait les mots et une bouche pour les prononcer.
b) La distance télépathique idéale entre une pelouse et un bipède doit être égale ou inférieure à 1 mètre 50. Au-dessus de cette taille, on est trop grand, on est trop loin, on n'entend rien.

 

5.
On apprend ensuite l'origine d'une des fissures. Et là, je branche mon psychanalyste de poche car lorsque dans un texte apparaît le mot « fissure », c'est que peut-être le réel est atteint de ce trouble qui consiste à considérer toute « fissure » (qu'elle relève du mur ou de l'esprit) comme une porte d'accès à toutes sortes de bizarreries, jusqu’aux créatures les plus batraciennes.
Toujours est-il qu'il y est question de poires, de Jack, l'homme qui détestait la pelouse, de porte-feuille, de cigare et d'abeilles rusées.

 

6.
Comme le Jack de Richard Brautigan in « La vengeance de la pelouse » ne parlait qu'italien quand il parlait du garage, je suppose qu'il craignait peut-être, en utilisant l'anglais, d'en être un peu trop compris et comme on sait, - cela apparaît d'ailleurs dans bon nombre d'histoires horrifiques contemporaines – il faut se méfier des garages qui comprennent l'anglais et l'on pige mieux dès lors pourquoi, prudemment, Jack utilisait l'italien.

 

7.
La dernière partie de la nouvelle « La vengeance de la pelouse » exacerbe encore le grotesque. Saoulerie consternantes d'oies blanches qui, endormies, se font plumer par la grand-mère du narrateur ; c'est que, je cite : « Du haut de sa splendeur théâtrale, elle pensa qu'elles étaient toutes mortes. » Vous pouvez imaginer leur désespoir lorsqu'elles se réveillèrent et constatèrent leur nudité. Cet étrange spectacle fut à l'origine d'un accident dont Jack fut la victime parce que dans la nouvelle, il lui arrive pas mal de désagréments, au Jack.
Je repousse ici l'horrible soupçon qui ferait du texte de Brautigan un texte codé, masqué, maquillé, évoquant un couple de serial killers (une contrebandière d'alcool associée à un déclassé piquousé), bien que je n’exclue pas quelque parodie ou démarquage littéraire. 

 

8.
Le dernier paragraphe du texte « La vengeance de la pelouse », de Richard Brautigan évoque « le premier souvenir » de la vie du narrateur. Souvenir peu joyeux : Jack, c'est sans doute Jack, abat le poirier, l'arrose d'essence, y met le feu. 
Cette nouvelle évoque à sa manière les rapports entre la nature et les humains : la pelouse détestée, les abeilles rusées, les oies consternées, Jack piqué, blessé, détestant la pelouse et détruisant le poirier. Il est vrai que les arbres des cours s'abattent parfois sur les maisons. Quant au garage, si ça se trouve, il le comprenait très bien l'italien, aussi bien que l'anglais, ou que le caquetage des oies.
Pour ce qui est de la vengeance de la pelouse, elle se coiffe toujours de la même façon.

 

Patrice Houzeau
Malo, le 18 décembre 2025.

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